Wednesday, 10 February 2016

Une fin de semaine en refuge en hiver

Par Liem, participant


Vendredi.
16h15 : leçon de piano avec Michaella, métro Plamondon.
17h45 : leçon chez moi avec les deux petits Sri Lankais.
19h : souper rapide. Je ramasse mes trois sacs.
20h. Jamie et moi arrivons au métro Mont-Royal, lieu de rendez-vous du covoiturage. Un seul retardataire alors que l’on essaie d’optimiser le placement des skis de fond, des raquettes, de l’eau, et des bagages.
20h15 (dorénavant les heures seront approximatives). Le groupe est rassemblé. Trois véhicules, 15 participants. L’atmosphère est timide. Des « urbanites » chevronnés, mais des enfants de la nature.
22h. Arrivée à Saint-Côme. Petit arrêt au dépanneur et regroupement des trois véhicules avant de se lancer dans les bois. Arrivés au stationnement du refuge, nous transportons le matériel sur 200 mètres jusqu’au refuge Swaggin. Il fait noir. Je n’ai pas pris soin d’amener ma propre lampe frontale; c’est que je préfère être un ninja. Une fois tout le monde bien entré au chaud, petit mot de bienvenue de la part d’Adrienne, l’organisatrice. L’objectif de cette sortie est de regrouper des gens de diverses origines, et de les initier aux activités de plein air qu’offre ce beau pays. Adrienne a fait des études en sciences environnementales, en gestion de projet, et autres. Amateure de plein air, incluant le ski de fond et le kayak, elle a recruté son mari pour aider avec cette sortie. Sympa! Fred était dans ma voiture pour l’aller. Français, immigré depuis quinze ans, travaillant pour Siemens depuis treize. Ingénieur mécanique de formation. Il travaille avec des logiciels de conception, et maintient le contact avec la clientèle corporative. Pendant toute la fin de semaine, il se montrera serviable, patient, détendu et l’assistant idéal d’Adrienne.
Minuit. Dodo.


Samedi
7h30. Réveil. Le petit déjeuner est prêt. Bagels, tartinades, fruits, etc. L’eau est bouillie et chacun prépare sa potion préférée. Adrienne prépare du thé vert pour la randonnée, qu’elle partagera généreusement pendant la pause du midi. Un restant d’eau chaude sert à laver la vaisselle. C’est un refuge rustique. Pas d’électricité ni d’eau courante. Au centre, le foyer. Une grande table pour manger. Des chaises et un fauteuil. Deux petites chambres avec quelques espaces de repos. Voilà le rez-de-chaussée. Au premier, une grande surface. Bien construite, car on n’entend aucun craquement sous le poids des pas. Merci aux bâtisseurs pour ce refuge pouvant loger jusqu’à une vingtaine de personnes.
10h. Départ en raquettes. Expédition totale de 8 km (aller-retour), principalement ascendante pour l’aller et descendante pour le retour. Nous longeons généralement le ruisseau Swaggin, dont la surface est largement recouverte de neige mi-glacée. Nous restons sur notre côté de la rive. La vue est belle, surtout quand le soleil se découvre. Fred ouvre le chemin, et Adrienne ferme la ligne en s’assurant périodiquement que le compte est bon. Quatorze, car Samia, Pakistanaise et parlant surtout anglais, reste au refuge pour la journée. Une blessure antérieure. Lectures et silence en perspective. Au final, elle aura dormi le gros de la journée. Dans le silence oui, car nous au contraire, nous faisons beaucoup de bruit avec nos raquettes. Quatorze paires de raquettes sur un sentier qui de un est déjà piétiné, et de deux est un peu glacé à cause des fluctuations récentes de température, ça fait du bruit. Bof, rien de grave. Mais ça doit faire fuir les esprits de la forêt : animaux. Alors je sors du sentier battu quand je peux, pour vraiment profiter des raquettes. Je m’enfonce dans la neige, et à l’aide de mes bâtons, je flotte comme je peux. Quelques sauts d’une certaine hauteur confirment qu’avoir de grands pieds, ça peut être utile dans la neige.
Midi. Un petit abri nous sert de point de repos. Adrienne fait passer son thermos rempli de thé vert. Merci! Chacun grignote ce qu’il a amené. Nous discutons de l’animal que nous aimerions être dans cette forêt. En cours de chemin, nous avons identifié des empreintes. La certitude est rare, mais la beauté est dans le mystère, le doute, l’émerveillement. Les esprits. Le vent. Le temps. Je pense que j’aimerais me consacrer beaucoup à la vie dans les grands espaces. Les expériences de ce genre sont grandioses. Sous le ciel, ces éléments :vent, soleil, paysages, amis, respirations, transpiration, trajet, curiosités animales, végétales, étoiles…tout ça ensemble, et on vit quelque chose d’indéniablement fort, que l’esprit le plus blasé, ou paresseux, ou cynique, ne peut nier.
13h30. Nous approchons un certain sommet. Adrienne, toujours derrière, propose de demander à Fred, si on le rejoint devant, de vérifier l’heure car il serait sage de faire demi-tour pour rentrer avant le coucher du soleil vers 17h. Fred a eu la même pensée. La descente est fluide. Le ciel est moins brillant. Nous croisons d’autres marcheurs avec leurs chiens. La zénitude se poursuit, et je fais pipi à gauche et à droite.
16h. Activité libre jusqu’à 17h30. On fait un peu d’étirements. J’en profite pour réviser et partager ce que j’ai appris dans mes cours de Qi Gong et d’étirements Tai Chi. Je bois des chocolats chauds. Dans notre groupe, il y a Alain, expérimenté. Québécois de souche. C’est lui qu’on entend, et il a été d’une grande aide aux débutants. Sa copine Mirtha en fait partie. Il y a Samia, Pakistanaise, qui est restée au refuge. Maryam, Iranienne, bonne humeur et couleurs flamboyantes. Ghislain, origine africaine, voix grave, calme et posé. Jocelin, allergique au beurre de cacahuète, un personnage de B.D. avec des lunettes à monture noire, tellement gentil. Il dira à la fin que son défi, c’était de faire ses trucs sans toujours se soucier des autres. Carlos, visage de bébé souriant, manteau jaune, un peu fatigué après les efforts. En effet, c’était une longue randonnée. Malgré cela, le groupe ne s’est pas divisé. Pas d’élitisme cette fois-ci. Sandrine, qui vient de l’île de La Réunion, et son amie Yen, d’origine vietnamienne. Des êtres humains agréables. C’est avec elles que Jamie et moi avons partagé la voiture pour l’aller et le retour. Sandrine en a profité pour pratiquer sa conduite, qu’elle relègue normalement à son copain. Yen me propose de venir rester chez sa mère, qui habite une maison de trois étages à Hanoi (Hai Phong), lors de mon prochain séjour au Vietnam. Et puis, il y a Guoruey, un jeune Chinois étudiant en médecine à l’UdeM. Dans les temps morts, on le verra avec son livre d’anatomie. Et Ghani, un homme dans la cinquantaine, maghrébin. Il appréciera le beurre de tournesol, qui lui rappelle le tahini et le houmous.
17h30. Préparatifs du souper. Effort collectif donnant un mélange de salade froide. Alain prépare des morceaux de poulet. Adrienne et moi nous occupons du riz et des lentilles. Il y a une certaine satisfaction à cuisiner dans un gros chaudron pour quinze personnes. En dégustant les lentilles, je pense qu’il n’y a rien d’autre que je préférerais manger. La table est conviviale. Alain remplit les silences. Il fait chaud. Les brownies de Jamie couronnent le festin. Alain encourage chaque participant de nous chanter une chanson de son pays. Adrienne sort son ukulele et un livret de paroles. Chant. Je fais un peu de percussions mais le sommeil me prend et je me retire vite. Les yeux fermés, prêt à ronfler, j’écoute avec plaisir les gens au rez-de-chaussée jouer à des jeux de devinettes, et autres. Et le silence fut. Mais un orage se déclara dans la nuit. Un orage de ronflements. Un storm de snoring, alors je l’ai nommé un « snorm », dont je fus l’un des concertistes.


Dimanche :
8h. Réveil aux sons d’imitation d’animaux (sans doute Alain). Déjeuner de gruau, de fruits séchés. Nettoyage du refuge. Comptabilité et répartition des coûts selon les dépenses de nourriture et d’essence pour le covoiturage. Redistribution du surplus alimentaire.
11h. Départ du refuge.
12h. Départ en ski de fond à St-Côme. Quel plaisir! Comme le patin sur la glace, comme des ailes pour le ciel, comme des palmes sous l’eau, le ski pour la neige. Multiples manières d’avancer, grandes foulées, petits bonds, sur les rails ou sur la poudre, les deux bras alternatifs ou synchronisés… l’art et la technique du ski me laissent rêveur, comme le paysage qui défile. Le glissement offre un bruit de frottement de percussionniste plus beau et rythmé qu’avec les raquettes d’hier. Le sentier est sympa. Adrienne partage avec nous sa tisane de cèdre. Miam! Les débutants débutent et trébuchent. Je fais un petit détour solo en piste intermédiaire. Hier, j’ai eu l’idée de traverser le sentier national d’est en ouest à pied. Aujourd’hui, je me rends compte que le ski en fera aussi partie. Et puis il y a le canot… le kayak…
15h. Réunion des participants. On partage nos défis et nos moments mémorables de la fin de semaine.
16h. Départ pour Montréal.



De retour à Montréal, je me rends compte que j’utilise trop d’eau, de lumière. Alors je commence à employer des bougies… heureusement, avec les jours qui rallongent, ce sera de moins en moins dès 17h.

3 comments:

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  2. Très beau texte Liem! Merci pour le temps que tu as pris. Je crois que je vais venir le lire de temps en temps. J'ai apprécié ta compagnie et celle de toutes les personnes.

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  3. merci pour article :) c'est magnifique, tous les souvenirs de la sortie reviennent quand je le lis ! Prochaine voyage au Viet Nam, contactes moi pour hébergement. Ce seras cool si je pourrais revenir au Viet Nam en meme temps.

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