
Le Canada, et le Québec en particulier, m’ont accueilli avec une promesse silencieuse : celle d’un refuge paisible, d’un territoire vaste et généreux, où la nature dialogue avec les cultures du monde. Pour moi, nouvel arrivant, ce pays représente bien plus qu’un lieu de résidence, c’est une terre d’apprentissage, de transformation et de reconnexion à l’essentiel.
Parmi les valeurs qui façonnent l’identité canadienne, l’amour de la nature occupe une place sacrée. Elle est à la fois source de beauté, de spiritualité et de lien social. Bien que la passion de la nature m’habite depuis longtemps, apprendre à la vivre dans le langage local, à travers les gestes et les traditions du Québec, est devenu pour moi une expérience nouvelle et profondément enrichissante.
C’est dans cette démarche que Plein Air Interculturel, une organisation qui tisse des ponts entre les cultures à travers des expériences en plein air, a pris tout son sens. Grâce à elle, cette passion devient vivante, incarnée dans des rencontres humaines, des randonnées partagées, et des moments d’émerveillement collectif devant la nature québécoise.
Ce témoignage retrace une aventure marquante : un séjour de canot-camping de trois jours et deux nuits dans la région de Portneuf, avec navigation sur le lac Nadeau. Une immersion totale dans la nature, mais aussi dans l’humanité.
C’est par une initiation au canot dirigée par Mzia, le 1er août 2025, que nous avons amorcé cette expérience collective. Au canal de Lachine, le soleil caressait l’eau, les sourires étaient timides, mais déjà, quelque chose se tissait entre nous. Pour plusieurs (moi y compris) c’était la première fois que nous faisions du canot. Les pagaies en main, nous apprenions à avancer ensemble, à synchroniser nos gestes, à écouter le rythme de l’autre.
Le 04 aout, Adrienne, avec bienveillance et clarté, nous a guidés lors d’une précieuse séance théorique. Elle nous a préparés à vivre l’aventure avec responsabilité, dans le respect de la nature et avec un esprit de collaboration. Ce jour-là, nous n’avons pas seulement appris à pagayer : nous avons commencé à nous apprivoiser les uns les autres et à nous organiser sur le plan logistique.
Le 8 août, l’excitation flottait dans l’air. À la station de métro Crémazie, les visages se sont illuminés par les retrouvailles. Le trajet en voiture, d’environ deux heures, fut ponctué de discussions, de rires et de silences contemplatifs. À notre arrivée dans la région de Portneuf, une partie de volleyball improvisée avec un ballon gonflable a brisé les dernières barrières. Les prénoms se gravaient dans nos mémoires, les gestes devenaient plus naturels.
Nous avons ensuite rejoint le site de camping, niché près d’une plage paisible. L’installation des tentes fut un apprentissage collectif, parfois maladroit, souvent joyeux. En trois sous-groupes rotatifs, nous avons partagé les tâches : cuisiner, monter les tentes, chercher de l’eau, laver la vaisselle. Le soir, autour d’un feu crépitant, nous avons savouré un repas préparé ensemble, suivi de guimauves fondantes sur des biscuits croustillants. Sous les étoiles, le silence avait une saveur nouvelle. Nous étions loin de tout, mais proches de l’essentiel.
Le 9 août, après un petit déjeuner chaleureux, nous avons pris les canots pour naviguer sur le lac Nadeau. Seize participant.e.s, huit embarcations, un lac immense. Le vent léger, les reflets du ciel sur l’eau, les cris de joie lors des baignades, les vagues au passage des canots motorisés — tout semblait orchestré pour nous faire vivre un moment suspendu.
Adrienne (à l’arrière), Mzia (au centre) et Frédéric (en tête) veillaient sur nous avec une attention discrète mais rassurante. Chaque binôme avançait à son rythme, mais toujours en harmonie avec le groupe. Un ami de mon pays d’origine, vivant à Montréal, était avec moi. Ensemble, nous avons partagé la tente et le canot à l’aller. Au retour, il m’a taquiné en disant que j’étais « nul » et a changé de partenaire, une blague bien sentie ! J’espère qu’il a bien retenu les leçons de notre maître kayakiste et canotier (canoéiste) Fred. Pour ma part, j’étais avec Jessy, et nous avons pagayé dans une belle complicité. Au-delà des rires, nous avons partagé des conversations profondes sur nos cultures, nos rêves, nos parcours. Le canot devenait un symbole : celui du voyage intérieur, du lien entre les peuples, de la beauté du mouvement partagé.
En fin de journée, nous avons rejoint un deuxième site de camping, plus isolé, plus sauvage. Aucun réseau, aucune électricité. Juste la forêt, le lac, et nous. Ce retour à l’essentiel a révélé une autre dimension de notre aventure : celle de la lenteur, de la contemplation de la lune, de la connexion humaine.
Je riais aux blagues d’Édouard, m’inspirais des idées de Frédéric, me ressourçais à l’écoute de Mzia, m’organisais selon les plans d’Adrienne et apprenais des expressions québécoises grâce à Hugo et Mathieu. Je m’exerçais à parler anglais avec Naiya, Ahad, Mawa, Caterina… J’admirais la natation de Carmel et Katarina, qui ont traversé la rive à la nage. Nous échangions nos expériences avec Bohdan, Olia et Jessie. Chaque personne avait une lumière à offrir.
Le soir du 9 août, nous avons contemplé la lune, assis sur un rocher, enveloppés par le silence majestueux de la nature. Autour de nous, les étoiles semblaient écouter. Nous avons partagé des histoires de nos pays d’origine, appris quelques mots en mandarin, en swahili, en hindi, en ukrainien… C’était une célébration vibrante de la diversité, un hommage sincère à l’humanité dans toute sa richesse.
Au milieu de la nuit, porté par la joie et la nostalgie, je me suis amusé à crier : « Petrooleee, Petrolee! Petrole inapita! », une expression de mon enfance qui signifie littéralement « le pétrole passe ». Ce cri résonnait comme un écho venu de mon village natal, où l’électricité était rare et où les lampes à pétrole illuminaient nos soirées. Fred m’a répondu : « Kunywa ayo », ce qui signifie « bois ça », une manière de dire qu’ils n’en achèteraient pas, ils en avaient assez pour la nuit. Ce bref échange, à la fois drôle et chargé de souvenirs, a ravivé en moi une époque révolue, faite de simplicité et de solidarité. Ce moment, aussi léger qu’intense, m’a ramené à mes racines congolaises tout en me connectant à ce nouveau monde que j’apprends à aimer.
Le 10 août, jour du retour, nous avons quitté le site avec un mélange de nostalgie et de gratitude. Pour clore cette aventure en beauté, nous sommes allés au restaurant sur place, où j’ai dégusté ma toute première guédille poutine, un grand classique de la cuisine québécoise. Waw, quel délicieux plat ! Une explosion de saveurs qui venait sceller, avec gourmandise, une expérience déjà inoubliable.
Ce séjour de canot-camping fut bien plus qu’une simple activité de plein air, c’était une véritable école de vie. Nous avons développé notre leadership, notre sens de l’initiative, notre capacité à coopérer, à gérer la logistique, à pagayer, à nous concentrer, à vivre ensemble. À la fin du séjour, nous avons créé un groupe WhatsApp pour rester en contact, avec la promesse sincère de nous revoir et de faire vivre cette belle énergie collective.
C’était une expérience à la fois écologique, sportive, intellectuelle et profondément humaine. Un moment suspendu dans le temps, loin des écrans, mais intensément proche des cœurs.
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers Plein Air Interculturel, les donateurs ainsi que tous les participant·e·s qui ont contribué à faire de cette aventure multiculturelle – empreinte de nostalgie, de connexions authentiques et de respect de la nature – un chapitre inoubliable de mon parcours d’intégration au Québec.
- Par Jonathan, participant


